Depuis plusieurs jours, certains tentent de présenter la stratégie d’endettement de la République démocratique du Congo comme une fuite en avant. Le dernier tweet du Député national, Flory Mapamboli, proche de l’ancien Ministre des Finances en est une parfaite illustration.  À force de vouloir faire le buzz, certains finissent par sacrifier la rigueur, pourtant indispensable lorsqu’il est question de finances publiques.

Depuis le retour de la RDC dans les programmes des Institutions de Bretton Woods en 2019, sous l’impulsion du Président de la République, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la gestion macroéconomique du pays est suivie avec une rigueur rarement égalée. Chaque trimestre, les équipes du Fonds monétaire international passent au peigne fin l’ensemble des indicateurs économiques. Trois revues successives du Programme FEC ont déjà été validées avec satisfaction, tandis que la quatrième est en cours.

Prétendre aujourd’hui que « la trajectoire de l’endettement devient préoccupante », c’est tout simplement ignorer les conclusions du FMI, des agences internationales de notation et des investisseurs qui, eux, considèrent tous que la dette congolaise demeure largement soutenable.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le ratio dette publique/PIB de la RDC avoisine seulement 20,4 %, soit près de trois fois moins que le plafond communautaire de la SADC fixé à 60 %. Mieux encore, l’émission historique de l’Eurobond de 1,25 milliard de dollars a été souscrite près de quatre fois, mobilisant plus de 110 investisseurs internationaux. Ce succès n’est pas le fruit du hasard ; il récompense la crédibilité retrouvée de la signature de l’État congolais.

Encore faut-il manipuler les chiffres avec sérieux.

Contrairement aux affirmations avancées, le mois de juillet 2026 ne s’est pas soldé par un déficit de trésorerie de 50 milliards de francs congolais. Les données du Plan de trésorerie font état de 3.955,4 milliards CDF de recettes, contre 3.526,4 milliards CDF de dépenses, soit un excédent de 429 milliards CDF. Une différence qui, à elle seule, suffit à démontrer la fragilité de l’argumentaire développé.

Il en est de même des émissions de titres publics. Les prétendus 740 milliards CDF d’émissions nettes relèvent davantage d’un laboratoire politique que de la comptabilité publique. Les émissions nettes du mois de juillet s’élèvent en réalité à 24,5 milliards CDF, soit environ 10 millions de dollars.

Quant à l’évolution de l’encours des titres publics, elle ne traduit nullement une dérive de l’endettement. Elle témoigne, au contraire, de la confiance croissante des investisseurs envers l’État congolais et de la volonté du Gouvernement de développer un véritable marché domestique des capitaux. C’est d’ailleurs une orientation expressément encouragée par le FMI, qui recommande un approfondissement de ce marché ainsi qu’un allongement des maturités. Là où, hier, les titres dépassaient difficilement quelques mois, le Trésor émet aujourd’hui des obligations pouvant atteindre quatre ans.

L’affirmation selon laquelle les ressources de l’Eurobond seraient « thésaurisées » révèle une profonde méconnaissance des mécanismes de gestion de la dette souveraine.

Une partie de ces ressources a été intégrée dans le cadrage macroéconomique validé avec le FMI et inscrite dans la Loi de finances rectificative. Une autre est volontairement conservée afin de respecter le calendrier d’exécution des projets, de garantir le paiement des premiers coupons et d’optimiser leur rendement grâce à un mécanisme de placement convenu entre le Ministère des Finances et la Banque centrale du Congo.

D’après les informations à ma possession, cette stratégie produit déjà des résultats tangibles. Les taux pratiqués sur le marché domestique sont passés d’environ 10 % à 8 %, tandis que la maturité moyenne des obligations du Trésor est passée de 18 à 24 mois, améliorant durablement les conditions de financement de l’État.

Plus important encore, ces ressources financent des projets visibles : la modernisation de l’aéroport international de N’Djili, la construction de l’aéroport de Luano ainsi que le barrage hydroélectrique de Katende, dont la première phase de 16 MW sera bientôt achevée.

La vraie question n’est donc pas de savoir si la RDC emprunte.

La vraie question est de savoir pourquoi elle emprunte.

Emprunter pour construire des infrastructures stratégiques, développer le marché financier national et préparer la croissance de demain n’a rien d’une aberration. C’est le choix assumé d’un État qui investit dans son avenir.

À force de vouloir gratter sur la calvitie pour y chercher des poux, certains finiront surtout par laisser croire que leur objectif n’est plus d’éclairer le débat public, mais d’entretenir le doute autour de chaque réforme engagée par le Gouvernement.

La critique est utile lorsqu’elle repose sur des faits. Lorsqu’elle s’appuie sur des chiffres inexacts et des raisonnements approximatifs, elle cesse d’être une contribution au débat pour devenir un simple exercice de communication politique.

Tribune de Clément Banguma, expert en finances

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